La mobilité durable en Afrique, quelle évolution ?

La mobilité en Afrique est bien plus faible et bien moins motorisée que dans les autres continents, et cela a des conséquences lourdes sur son développement.
Pourtant, l’Afrique se dote d’infrastructures de transport modernes : tramways à Rabat, Casablanca, Oran, Constantine ou Addis-Abeba, métros d’Alger et du Caire. Avec les projets de TER de Dakar et de métro d’Abidjan, l’Afrique subsaharienne semble sur le point de faire de même. En a-t-elle les moyens ? Ces projets peuvent-ils exister en dehors d’aides internationales massives ou du recyclage de la manne pétrolière ? Saura-telle les exploiter, et saisir l’occasion de leur avènement pour restructurer durablement l’ensemble de ses transports publics ? Nous interrogerons des experts du développement international sur la difficulté des Partenariats Publics Privés – dont on attendait tant- à émerger dans ce domaine et sur l’équation financière de la mobilité africaine. Nous entendrons des opérateurs de transport à succès. Nous écouterons les
responsables gouvernementaux, promoteurs des projets d’investissement structurants.
Mais la mobilité elle-même n’est-elle pas en train de subir sous nos yeux une véritable révolution ? Et dans ce cas, les nouvelles technologies vont elles aider l’Afrique à rattraper son retard en matière de mobilité, comme cela a été le cas en matière de téléphonie ? Nous rencontrerons les experts de la mobilité de demain, voiture ou bus automatique, opérateurs du bigdata, et les start-uppers qui, au quotidien, au Maroc et en Afrique, avec moins de moyens financiers qu’Uber, mais d’autant plus de créativité et d’adaptation au terrain, changent la donne des déplacements.

Les enjeux de la mobilité durable

Dans le principe, cela consiste à appliquer les principes du développement durable à la mobilité. Toutefois, on voit bien qu’ainsi définie, la notion reste très théorique. Selon l’OCDE, la mobilité durable est « une mobilité qui ne met pas en danger la santé publique et les écosystèmes, respecte les besoins de transport tout en étant compatible avec une utilisation des ressources renouvelables à un taux inférieur à celui nécessaire à leur régénération et une utilisation des ressources non renouvelables à un taux inférieur à celui nécessaire à la mise au point de ressources renouvelables de remplacement ».
La mobilité est devenue aujourd’hui un besoin incontournable pour tous. Elle touche les biens comme les personnes et ne cesse d’augmenter ; de ce fait la mobilité est une des plus importantes sources d’émission de Gaz à Effet de Serre (GES) sur Terre, c’est pourquoi la planète entière en a fait un de ses sujets urgents à résoudre, c’est une des thématiques principales de la COP22 et des COP à venir.
La situation mondiale est critique de jour en jour car la mobilité connaît une croissance constante malgré les mesures prises par les gouvernements comme par les constructeurs. En dehors des évolutions technologiques et des mesures, les comportements devront changer.
Il existe des liens forts entre développement économique et mobilité, et l’objectif d’une politique de mobilité durable ne saurait être de réduire la mobilité pour en réduire les impacts. Le transport routier (tous secteurs confondus) concentre plus de 80% de la consommation d'énergie en moyenne, il est responsable de plus de 90% des émissions de CO2. La question de l’accès à la mobilité, notamment pour les plus démunis, se pose, en particulier en Afrique. En même temps, l’organisation de la ville, sa densité, l’accessibilité des services, ont un impact fort sur la demande effective de déplacements et participent de la mobilité durable. Jusqu’à présent, les choix d’urbanisme opérés ont généré un phénomène préoccupant d’étalement urbain. Ce modèle consommateur d’espace et fragilisant les équilibres dans les espaces naturels, repose sur l’utilisation du véhicule particulier. On observe ainsi une importante augmentation du recours à la voiture individuelle. Le transport de marchandises, quant à lui, se fait presque exclusivement par la
route, malgré les efforts fournis pour le développement du transport par voies ferroviaires et fluviales.

La mobilité durable ne peut donc pas se résumer à la promotion de modes de transports alternatifs à la voiture particulière (transports collectifs, vélo, marche), même si cela en fait partie. Parmi les politiques qui participent de la mobilité durable, on peut citer :
● La maîtrise de l’espace et l’aménagement du territoire,
● Changer les comportements face à la mobilité,
● Encourager et développer la participation citoyenne,
● Organiser l’intermodalité,
● Favoriser le report modal,
● Promouvoir les véhicules propres,
● Agir en faveur de la sécurité routière,
● Développer des véhicules et Systèmes de Transport Intelligents (STI).

Cette liste non exhaustive permet de mesurer les efforts qui restent à faire en Afrique où les problèmes sont radicalement différents de ceux des pays du Nord. Il est donc important de dépasser les problèmes culturels, de faire évoluer les mentalités pour que l’Afrique dispose de ses modèles propres, spécifiques à sa réalité à travers ses régions.
La Conférence de Rabat pour le Développement Durable traite dans son édition 2017 la question de la mobilité durable en Afrique dans la continuité de la COP22, une COP finalement très africaine. La conférence prévue le 21 mars 2017 s’inscrit dans la roadmap des actions de la coalition mondiale Transport, c’est la conférence du continent africain avant la COP23.